November 17, 2022

Italian actress Monica Bellucci signing autographs after her performance at the Théâtre du Châtelet in Paris in Maria Callas. Letters and Memoirs’. Her parents Pasquale Bellucci and Brunella Briganti came to watch her show. Despite the exhaustion of a stage performance, Monica Bellucci was seen, sublime as usual, leaving the Châtelet theater after her performance in Letters and Memoirs of Maria Callas.

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November 11, 2022

Elle est la Callas sur scene. Un role qui l’emmene de la gloireа la plus amere desillusion
C’est еп se glissant dans une tenue de la cantatrice qu’elle а surmonte son trac : avant cette aventure theatrale, la James Bond girl avait gravi tous les sommets du 7е art mais n’avait jamais ose monter sur scene. Dans “Maria Callas, lettres et Memoires )), la voila seule f асе au puЬlic dans les salles les plus prestigieuses, de Londres а Broadway еп passant par le theatre du Chatelet, le 14 novembre. Monica Bellucci ressuscite la voix de се la divine” еп interpretant ses ecrits intimes. Amours tumultueuses, dechirures, vulnerabllite … La Callas comme оп пе l’avait jamais entendue.

En cette fin de rnatinee enso­leillee, quand Monica Bellucci entre dans la brasserie au decorfeutre situee au pied du theatredu Cl1atelet, tous les regards setournent vers la star qui, forte detrois decennies de carriere inter­nationale, а l ‘elegance de пе pasle rernarquer. Tailleur noir, che­rnise Ыanche, а peine rnaquillee, uniqнernent paree d’une fine bague en or, elle est aux antipodes de la Callas qu’elle incarne sur scene depuis trois ans. Ou, plutot, aux anti­podes de l’idee qн’on se fait de la diva en qui l’actrice, elle, voit avant tout une fernme.
Paris Match. Еп jouant la Callas, n’avez-vous pas l’impression de “piquer” la place de Fanny Ardant?
Monica Bellucci. Non ! Je n’aurai jarnais la pretention de prendre sa place. Je l’adore autant que je l’ad1nire. Maria Callas ins­pire les artistes les plus differentes: Fanny Ardant, donc, dans “Callas Forever”, le filrn de Zeffirelli et daпs “Master Class “, la piece de Terrence McNally, Marie Laforet dans “Master Class” aнssi, ou la diva etait presentee sous son jour le plus intransigeant. Celle qне j’incarne est la fernrne fragile, que peu de gens connaissaient. А Athenes, Marina Abrarnovic, la celebre perfoпneuse serbe, est venue rne voir sur scene alors qu’elle jouait elle aнssi un spectacle sur la Callas – que je suis allee voir, Ьien sfu, et c’etait encore autre cl1ose: tres sornbre, tres onirique.
Pourquoi Tom Volf vous a-t-il choisie, alors que vous n’aviez jamais fait de scene?

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J’ airnerais Ьiеп le savoir ! Се doit etre rnon сбtе rnediterraneen. Et puis Maria Callas est nee а New York, а passe son adolescence en Grece, а perce en Italie, а vecu en France … Cornrne rnoi, elle se seпtait partout etran­gere et parlait toнtes les langues avec unaccent. J’avoue avoir eu peur quand Тот m’a propose се spectacle, rnais les lettres ecrites par la Callas etaieпt si belles et emouvaпtes qне c;а rn’a convaincue.
Vous avez aussi convaincu le puЬlic: du Studio Marigny il у а trois ans, vous voila aujourd’hui au theatre du Chatelet avec un orchestre pour vous accompagner !
Le Studio Marigny et ses 300 places, с’ etait deja enorme ! Puis Giorgio Ferrara, directeur du festival de Spolete [Ombrie, Italie), nous а invites а venir presenter le spectacle. Mais nous n’avions pas de version en italien. II m’a retorque que cela n’avait pas d’impor­tance, que je pourrais le jouer en fran<;ais. Moi, jouer en fran<;ais en Italie? On rn’au­rait crache dessus ! Pendant le confinement, nous avons traduit les textes avec Тот. Apres Spolete, се fut le Parco della rnusica а Rome, le tl1eatre Manzoni а Milan, et enfin le theatre Carlo Goldoni а Venise. Noнs somrnes ensuite partis au Herode Atticнs, а Athenes, avec un orcl1estre: 4 ООО spectateurs par seance ! Et puis Istanbul, Londres, Monaco … Aujourd’hui Paris, dernain Los Angeles et New York. Cette production fran<;aise est devenue un succes international.
Dans la foulee, vous avez pose pour Tom Volf, egalement photographe, еп prenant pour modele Maria Callas avec ses Ьijoux, auxquels elle vouait un attachement fetichiste …
Les f ernrnes accordent une valeur syrnbo­lique aux Ьijoux qu’on leur offre. Quand elle а divorce de Giovanni Battista Meneghini, Maria Callas а decouvert qu’elle n’avait plus rien а l’exception de ses Ьijoux. Elle les considerait cornme des porte-boпheur, mais c’etaient egalement ses seuls Ьiens. Оп apprend toнt cela et Ьien plus encore dans le formidaЫe docшnentaire de Тот, “Maria Ьу Callas” [ sorti en 2017]. Pour la scene, il s ‘est attache а Maria plus qu’a Callas et c’est се qнi m’ а touchee, cette dualite entre 1′ artiste qui imposait le respect, intraпsigeante avec tout le monde а commencer par elle-meme, et la femme dont le creur etait celui d’un enfaнt. Оп а beaucoup critique s011 attitude presque hautaine quand elle parlait de son travail. Mais qнand оп la questionne sur des choses plus iнtimes, elle а uн сбtе innocent.
Comment expliquez-vous qu’elle ait ete а се point adulee par le puЬlic?
On n’ allait pas entendre la Callas, on allait la voir ! Le 1nonde de l’opera est assez elitiste, mais son aura а fait tomber les baпieres. Et <;а lui а coute cher. C’est parce qu’elle etait sensiЫe qu’on а pu la detruire emotionnelle­ment. Elle а, depuis l’age de 13 ans, consacre sa vie а son art; mais quand elle rencontre Onassis, а 35 ans, au faite de sa gloire, elle decide de laisseг s’epanouiг la femme qui est en elle et elle sacгifie раг amouг tout се qu’ elle avait construit. Au-dela de i;a, elle гeste un modele. Son engagement feminin est ргесuгsеuг. Elle s’est toujouгs battue роuг sa liberte et а toujoшs suivi son ressenti, се qui demandait un certaiн сошаgе. Elle а tout de тете voulu divoгcer а une epoque 011 c’etait interdit en Italie [le divorce n’y а ete autorise qu’a partir de 1970]. Puis il у eut la maniere dont Onassis l ‘а traitee. II 1’ а delais see pour finir par la quitter du jour au len- g demain. Tout cela а ablme la f emme, et par consequeпt l’artiste. Ces scl1emas resonneпt encore aujourd’hui et soulevent une ques1 tion que beaucoup de femmes se posent: les l1ommes savent-ils aimer comme le peut une femme?Еп 2016, vous declariez а Paris Match: “J’ai ete tres regardee, mais je пе suis pas s0re qu’on m’ait vraiment vue.” Maria Callas n’aurait-elle pas pu dire cela aussi?
i Peut-etre. 11 у а generalement chez les artistes une dualite entre l’image et la personne. Avec l’image, on cree l’illusion de quelque chose. Et derriere cette у а une personne qui se protege Ga doit etre fatigant, au quotidien …
Non. Pour mon travail, je genere une image i qui est surement une partie de moi, mais pas tout mon etre. On n’est completement soi- тете qu’avec les intimes, la famille. Avec eux, on est а nu. Et la, si quelqu’un est mal ntentionne, peut nous faire du mal parce qu’on est vulneraЫe.
Et comme la Callas, chacune а votre maniere, vous etes des icбnes …
Une icбne evoque рош moi quelque cl1ose de fige dans le temps, d’immuaЫe, alors que l’essence de mon travail, c’est le mouvement, c’est de faire des choses toujours differentes. Et le temps qui passe peпnet d’ acceder а d’ autres experiences. Le physique, qui рош nous est un instrument, change et nous ouvre d’ autres rбles. Prenez mon personnage dans “Memoire meurtriere” avec Liam Neeson [sur Prime Video]: une femme d’affaires calcu­latrice jusqu’a l’exces, prete а tout pour proteger son fils et surtout son apparence. Pour cela, j’ai accentue mes cernes, pris 1ш peu de poids … Autant de choses que j’aurais eu plus de mal а faire а 20 ans.
Alors peut-etre pas vous, mais Maria Callas demeure aux yeux de tous une iсбпе, comme Marilyn Monroe. Une iсбпе serait-elle condam­nee а etre malheureuse? Une icбne se represente souvent en tragedienne. Pas toujours. C’est une question d’epoque, aussi. Dans les annees 19 50-1960, le statut des femmes n’avait rien а voir avec aujourd’hui. Prenez Anita Ekberg, devoree par sa propre image iconique, juste­ment, dans “La dolce vita” … J’evoque son histoire dans “The Girl iн the Fountaiн”, le documeпtaire d ‘Antongiulio Panizzi presente au Festival Lшniere а Lyon. Се projet m’a ete propose en тете temps que celui sur Maria Callas, et с’ est trouЬlant car ces deux artistes representent une periode precise 011 les femmes commeni;aient а peine а prendre leur independance. Callas et Ekberg, chacune а sa maniere, ont рауе le prix fort роuг cette libeгte. А cette epoque, la carriere etait liee а l’age. Apres l’explosion а vos 20 ou 30 ans, passe 40, vous aviez beau etre belle et avoir du taleпt, c’etait fini.
11 у а encore peu, оп disait que, passe 50 ans, les actrices acqueraient un superpouvoir: l’invisibllite !
C’est vrai. J’en parlais encore l’autre jour avec Toni Collette, avec qui je viens de tour­ner “MafiaMarnma” de Catherine Hardwicke. Deux femmes mfues en tete d’afficl1e d’une comedie autour de la mafia … с’ est nouveau ! Et il ne faut pas ouЬlier que si c’est possiЫe, с’ est en partie grace а des f emmes comme Maria Callas et Anita Ekberg, qui ont ouvert la voie а се qu’on est aujourd’hui.
Се qui est rassurant pour vos filles, et plus particulierement pour Deva, qui, а 18 ans, perce dans le mannequinat …
Elles arrivent dans un monde oй les femmes s’expriment davantage. Et се monde est aussi positif pour les l1ommes, саг ils peuvent enfin se liberer de tous les diktats sociaux dans lesquels ils sont enfermes depuis toujours : etre dur, payer le restaurant, assшer 1′ econo­mie du foyer … <;а commence des l’enfance: vous n’ avez pas le droit de pleurer sinon vous n’ etes pas un homme, de jouer а la poupee sinon vous etes une fille. Aujourd’hui, les hommes peuvent changer la couche d’un ЬеЬе et une f emme peut etre pilote de ligne ! Оп entre dans votre univers, vous pouvez entrer dans le nбtre et, ainsi, оп peut enfin collaborer. La liberation des femmes equivaut aussi а celle des hommes

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November 7, 2022

Italian cinema icon Monica Bellucci is set to star in “Maria Callas: Letters and Memoirs” at the Beacon Theatre.

The performance will be held on Jan. 27, 2023 for one night only.

Bellucci channels Greek opera legend Maria Callas in this one-woman show with text and stage direction by Tom Volf. Accompanied by the Wordless Music Orchestra, Bellucci recites Callas’s previously unpublished letters and writings to tell the opera singer’s full story in her own words.

Bellucci has performed the play since 2019 in major cities including Paris, Athens, Rome, Milan and at Her Majesty Theater in London.

“Callas’ Letters and Memoirs,” published by Volf, is a trove of unearthed material telling the singer’s life story entirely in her own words.

In a statement, Volf said, “This show is for me the result of seven years of work dedicated to Maria Callas. Maria’s letters represent the most intimate voice of the woman behind the legend. Maria speaks directly to the audience and confides in them, revealing herself—her glory and pain—as never before. For the first time she’s the one telling her own story, instead of others speaking on her behalf.”

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November 4, 2022

CINÉMA, 03 NOVEMBRE 2022

On a souvent dit de Monica Bellucci qu’elle est l’une des femmes les plus belles au monde, voire la plus belle. Mais l’Italienne sculpturale, véritable torrent de glamour méditerranéen et de sensualité, ne s’est jamais laissée enfermer dans la cage dorée de ces sublimes atours. Depuis ses débuts dans les années 90, l’ex-mannequin n’a eu de cesse de démontrer sa profondeur, sa curiosité et sa capacité à émouvoir dans un large spectre cinématographique. L’actrice excelle autant dans des films populaires (Astérix et Obélix : Mission CléopâtreLe Pacte des loups) et dans des films d’auteurs (Irréversible de Gaspar Noé, Dobermann de Jan Kounen) que dans des succès internationaux (la saga MatrixLa Passion du Christ de Mel Gibson). Celle qui a été James Bond Girl à 50 ans (dans 007 Spectre) et a tourné pour Bertrand Blier, Terry Gilliam, Kim Chapiron, Emir Kusturica, Philippe Garrel, Spike Lee et Francis Ford Coppola, se retrouve à 58 ans au cœur de deux projets qui lui ressemblent. Deux aventures ambitieuses et iconoclastes qui mettent en lumière les faces cachées de deux icônes : la sensuelle Anita Ekberg et La Callas. Elle incarne la première au théâtre du Châtelet le 14 novembre dans le spectacle Maria Callas, Lettres & Mémoires, et la deuxième dans le documentaire The Girl in the Fountain qui sera bientôt montré dans des festivals de cinéma.propos recueillis par Violaine Schütz .

Monica Bellucci par Tom Volf

Numéro : Vous interpréterez Maria Callas, Lettres & Mémoires au théâtre du Châtelet (à Paris) le 14 novembre 2022, un spectacle que vous défendez depuis 2019 sur les planches. Qu’est-ce qui vous séduit le plus dans ce projet ?

Monica Bellucci : J’avais envie de partager l’émotion si forte que j’ai ressentie en lisant ce texte, Maria Callas, Lettres et Mémoires, édité par le réalisateur, auteur et photographe Tom Volf, qui a conçu ce spectacle. J’étais si touchée par cette femme, son parcours et sa dualité. Elle possédait un côté très star, diva, et une autre facette privée et sensible que l’on connaît moins. C’est ce contraste qui m’a passionné et m’a donné envie d’interpréter ses Lettres & Mémoires. Au théâtre, on représente Maria, pas La Callas. Quand j’ai joué ce spectacle pour la première fois au théâtre Marigny en 2019, à Paris, je ne pensais pas qu’on tournerait à l’international et que cela prendrait une telle ampleur. On est allé en Italie, à Istanbul, à Londres, au Portugal et en Grèce avec ce projet. Là, on revient à Paris avec une version symphonique, puis on ira à New York et à Los Angeles. Ça veut dire que ses Lettres & Mémoires et Maria Callas parlent à beaucoup de gens et les inspirent.

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Qu’est-ce que vous fascine particulièrement chez Maria Callas ?

Maria Callas est encore bien vivante avec ses disques, car c’est l’une des plus grandes voix qui ait existé, mais aussi par sa personnalité. Les gens n’allaient pas seulement écouter la cantatrice chanter. Ils allaient aussi voir la femme. L’artiste était immense mais sa personnalité fascine également. Elle a eu un parcours assez exceptionnel. Elle était très courageuse dans son art. Elle a toujours suivi son cœur et son instinct. Elle a sacrifié toute son enfance pour son travail et sa jeunesse, en étudiant énormément. Et quand elle a rencontré Aristote Onassis, elle a sacrifié tout ce qu’elle avait construit par amour. Car elle vivait enfin sa vie de femme qu’elle n’avait jamais vécue jusqu’à alors. C’est une femme qui est morte de tristesse, de chagrin, d’amour [elle est décédée d’une embolie pulmonaire en 1977, à l’âge de 53 ans, avec sur sa table de chevet, des comprimés de Mandrax, un hypnotique dont qu’elle aurait pu consommer en trop forte dose, ndlr.] 

On la voyait pourtant comme une diva, avec un côté un peu dur…

Ce qui est incroyable, c’est que quand on voit ses interviews à la télévision, elle semble si sûre d’elle lorsqu’elle parle de son travail et de la musique. On dirait que c’est une femme qui connaît bien la vie et que personne ne peut perturber. Alors que dans l’intimité, c’était quelqu’un d’ultra sensible, avec une capacité à percevoir les choses si intense que cela la rendait extrêmement fragile. Elle avait aussi un côté enfantin car c’était une femme qui n’a pas vécu. Elle a toujours travaillé, depuis toute petite. Elle n’avait pas vraiment d’expérience par rapport aux hommes, à la vie.

Monica Bellucci par Julien Benhamou

Comment parvenez-vous à entrer dans la peau de Maria Callas dans Lettres & Mémoires ?

Je porte une robe ayant appartenu à Maria [prêtée par la collection italienne My private Callas et restée à l’abri des regards pendant 60 ans, ndlr], ce qui m’a aidé à entrer dans sa peau. J’étais très émue la première fois que je l’ai enfilée. Et puis il y a un décor intimiste avec une réplique du canapé qu’elle avait chez elle, à Paris et un gramophone sur scène ainsi que la musique de l’orchestre qui me porte. Elle rentre le sang. 

Y-a-t-il une phrase qui vous bouleverse dans ces Lettres & Mémoires ?

Maria Callas me touche beaucoup quand elle parle de son travail et qu’elle dit : “Chanter, pour moi, n’est pas un acte d’orgueil, mais seulement une tentative d’élévation vers des Cieux où tout n’est qu’harmonie.” Elle ne chantait pas pour avoir du succès mais pour être connectée à quelque chose de plus grand dans une forme de transcendance. Et c’est la même chose pour les sentiments. Elle a le même rapport à la passion amoureuse que celui qu’elle entretient avec la musique. C’est une tragédienne naturelle. Je crois surtout que La Callas inspire toutes les femmes. Je parlais justement il y a peu de temps avec une copine à moi qui me demandait : “Tu crois que les hommes aiment autant la Callas que les femmes ?”. Elle avait une telle capacité d’aimer…

Maria Callas était aussi actrice…
Oui, elle n’a tourné qu’un seul film mais il était sublime : Médée (1969) de Pier Paolo Pasolini. Elle apparaît ultra moderne dedans alors qu’elle venait de la représentation théâtrale. Elle n’est pas dans l’exagération, mais va vers l’essentiel. Quand on regarde ce film aujourd’hui, c’est encore très beau. Maria Callas était aussi une interprète exceptionnelle quand elle chantait. Elle s’imprégnait vraiment de ses rôles dans chacun des opéras qu’elle a fait. 

Angelina Jolie a été choisie pour incarner La Callas au cinéma dans un biopic de Pablo Larraín. Que pensez-vous de ce choix ?

Elle va être magnifique, d’autant plus que physiquement, il y a vraiment une ressemblance. Avec le maquillage, les similitudes peuvent s’avérer troublantes.

Monica Bellucci par Julien Benhamou

Êtes-vous une grande fan d’opéra ?

Je viens d’Italie alors j’ai vu des opéras. Ce qui est drôle c’est que j’ai joué le rôle d’une cantatrice dans la série Mozart in The Jungle [qui a été diffusée sur Amazon Prime Video de 2014 à 2018, ndlr]. Et pour me préparer, j’avais lu et regardé beaucoup de choses sur les chanteuses d’opéra, leurs manières de se tenir et de travailler, et notamment sur la Callas. À l’époque, je ne savais pas du tout que j’allais interpréter ses lettres sur scène. C’était peut-être un signe du destin. Le destin imprévisible…

Avez-vous des points communs avec Maria Callas ?

Oui, je crois. Tom Volf a pensé à moi pour la nature méditerranéenne qu’on a en commun. Elle est née à New York, elle a vécu en Grèce à un certain moment de sa vie puis sa carrière a explosé en Italie et enfin, elle est venue à Paris. Elle se sentait un peu étrangère partout. Et c’est quelque chose que je ressens aussi parfois. J’ai également ce côté “gitane”. En plus, comme moi, elle parlait toutes les langues avec un accent. 

Dans le documentaire The Girl in the Fountain, qui a été présenté au Festival Lumière en octobre dernier, vous jouez Anita Ekberg, l’actrice suédoise mythique de La dolce vita (1960). Existe-t-il des liens entre elles, La Callas, vous et toutes les femmes artistes ? 

C’est drôle que les deux projets sortent presque en même temps parce qu’en effet, il existe des liens entre elles. Ce sont deux femmes indépendantes, libres, pionnières, qui arrivent en Italie à une époque bien précise. C’est le moment où les femmes artistes commencent à être indépendantes par rapport au star-système. Anita et Maria ont payé très cher cet esprit d’indépendance, pros pour de l’arrogance et leur franc-parler, car l’époque n’était pas prête à l’accepter ça. Elles ont fait école, et nous, les femmes d’aujourd’hui, on a beaucoup appris grâce à elles. Maria Callas voulait divorcer au moment où la loi ne le permettait pas en Italie. Et elle n’avait pas de poil sur la langue comme le dit une expression italienne. Elle parlait aux hommes d’une façon que beaucoup d’entre eux ne toléraient pas. Quant à Anita, elle a débarqué en Italie comme une tornade. Dans une atmosphère très domestique, alors que les femmes étaient cantonnées à leur foyer et à leur cuisine, sans reconnaissance sociale, elle achetait ses voitures, ses maisons, sortait la nuit. Du coup, elle était regardée avec curiosité, mais elle représentait aussi un danger pour la société des années 50 et 60. 

Monica Bellucci par Julien Benhamou

Dans une interview accordée à France Inter il y a quelques jours, vous disiez que la beauté d’Anita Ekberg ressemblait à une Ferrari qu’elle n’arrivait pas toujours à conduire et qui la dépassait. En tant qu’ex-mannequin, avez-vous ressenti la même chose en débutant dans le cinéma ?

Oui. Le problème quand on est jolie, c’est que ça peut devenir comme une cage qui nous fige dans une image. Il ne faut pas du tout en parler comme d’une torture, loin de là. Mais le temps aide énormément (rires). Il faut attendre, ça ne dure pas, un autre physique se met en place et ouvre d’autres possibilités, d’autres rôles. Moi j’ai joué de tout ça. J’ai mis mon corps au service de mes rôles, comme un instrument de travail. Que ce soit dans IrréversibleMalèna ou La Passion du Christ, mon physique faisait partie du personnage. Aujourd’hui, avec un nouveau physique, j’ai accès à des rôles différents. Avec un peu de maquillage et en grossissant un peu, je peux par exemple incarner une femme de pouvoir prête à tout pour protéger son statut (et son fils qui a de terribles déviations), dans le thriller Memory aux côtés de Liam Neeson, sorti en juillet dernier. On a pas besoin de beaucoup de choses pour se transformer.

L’une de vos deux filles, Deva Cassel, est mannequin et elle fera bientôt ses premiers pas au cinéma. Comment voyez-vous sa volonté de faire carrière dans l’industrie du spectacle ?

Deva, qui a 18 ans, a en effet débuté dans la mode et vient de tourner son premier film en Italie, en langue italienne. Et ma fille Léonie, qui a 12 ans et demi, prend des cours de théâtre et adore ça. Je suis très heureuse que mes deux filles aient déjà, très jeunes, des passions, et qu’elles possèdent une fibre artistique. Je suis contente que quelque chose leur plaise à côté de l’école et je veux les aider et les soutenir dans ses passions autant que possible. Après, elles prendront la route qu’elles désirent.

“Maria Callas, Lettres & Mémoires”, spectacle conçu et mis en scène par Tom Volf au théâtre du Châtelet (à Paris) le 14 novembre 2002. Le documentaire “The Girl in the Fountain” (2021) d’Antongiulio Panizzi sera diffusé dans plusieurs festivals et évènements prochainement. (c)

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October 25, 2022
September 16, 2022